Le beau bizarre
Ces derniers temps, j'ai visité deux expositions volontairement tendancieuses et provocatrices.
Il y a tout d'abord celle du Grand Palais, "Carambolages" : le but vraisemblable de cette rétrospective est annoncé dès la première salle. Il s'agit de réfléchir par association d'idée(s) d'une oeuvre à l'autre. Les liens sont parfois évidents (la main, le masque, la grimace, l'animal...), ou pas du tout. L'organisation des salles est judicieuse : on avance d'allée en allée, devant des oeuvres sans aucun cartel apparent. De fait, on est obligé de se laisser aller à la découverte, pour ensuite découvrir, sur les côtés et sur des écrans, les références des oeuvres que l'on vient de voir. L'effet de surprise fonctionne à plein de temps à autre, comme avec cette vanité réalisée avec des gants et des crayons. On se sent complices, aussi, en reconnaissant un Giacometti derrière une vitre.
L'affiche choisie, ainsi que la publicité autour de l'exposition, cherchent à perturber alors que la provocation est finalement réduite, voire anecdotique. J'ai eu la chance de visiter le Grand Palais à une heure creuse (ou bien l'exposition n'a pas de succès ?), en fin de matinée. Pour vous changer les idées, ou bousculer vos habitudes, je vous conseille d'y faire un tour aussi.
Exposition Carambolages
Grand Palais
Jusqu'au 4 juillet
Ensuite, la seconde exposition, quant à elle, tourne véritablement sur la provocation : il s'agit de Nobuyoshi Araki au musée Guimet. J'ai découvert le travail de ce photographe compulsif, ne quittant jamais son appareil depuis 1965. Cet artiste travaille sur des thèmes récurrents : Yoko, l'amour de sa vie, morte en 1990; le bondage japonais; les fleurs; la mort; la femme... Dès les premières salles, on comprend la charge érotique de l'oeuvre entier d'Araki : les orchidées sont plus que suggestives. Je me suis laissée happer par ces fleurs, justement, mais progressivement, les images érotiques sont devenues répétitives, et leur provocation presque lassante : trop d'érotisme tue l'érotisme. Il est à noter que cette exposition n'est pas du tout appropriée pour de jeunes visiteurs.
Cependant, j'admire la ferveur, la passion de cet artiste, qui allie les traditions japonaises à un regard neuf et très personnel sur l'autre, mais aussi sur le quotidien (il prend en photo chaque jour le ciel depuis son appartement). J'ai songé assez souvent à associer ces images aux livres de Yukio Mishima, ou bien à une démarche photographique de ce dernier, Ordalie par les roses (ouvrage rare).
Les photographies étant strictement interdites (je n'ai pas même pu prendre le nom d'Araki sur un mur avant d'entrer dans l'exposition proprement dite !), je reproduis seulement ici mon image préférée, utilisée aussi par Télérama : c'est un portrait de Yoko, le grand amour d'Araki. Les autres images étant beaucoup plus "sexuelles" (tapez simplement le nom de l'artiste dans Google images), j'évite de les poster sur ce blog.
Je ne peux pas dire que l'oeuvre d'Araki me touche vraiment, mais sa démarche est intéressante à plus d'un titre. Encore une fois, si vous désirez être surpris, et que vous aimez la culture japonaise, allez voir cette exposition.
Exposition Araki
Musée Guimet
Jusqu'au 5 septembre






