Le dernier livre (peut-on parler de "roman" ?)  d'Annie Ernaux lui a pris des années. Des années de doutes, de rééecriture, de crainte de ne pas en voir le bout avant de mourir. Il retrace une époque de sa vie où elle découvre le désir, dans une France encore sclérosée et pleine de tabous. La jeune femme qu'elle a été et dont elle se souvient parfaitement n'avait pas conscience de ce qu'elle représentait aux yeux des autres. Elle découvrait une liberté toute nouvelle, un corps, le désir des hommes mais surtout d'un seul, jusqu'à l'obsession.

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L'écriture d'Annie Ernaux est faussement simple. On lit des mots crus mais qui ne sont pas cruels. Simplement justes.

J'ai lu ce livre en deux moments, car c'est comme être absorbé, happé par une vérité d'un autre temps. Je ne suis pas de la génération de cet auteur, et pourtant, je cerne grâce à elle ce que ma mère a pu connaître, ce que la génération de ces femmes a subi. En outre, le travail sur la mémoire, sur la narration, sur le moi qui évolue au fil des époques, sur le passé toujours présent, tout ceci me touche profondément chez Annie Ernaux.

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J'aimerais que cette femme-auteur puisse être récompensée à sa juste mesure : elle est bien plus que nobelisable, à mon humble avis, et mériterait ce prix bien plus que d'autres, aussi...

Si vous voulez découvrir l'oeuvre de cet auteur, commencez peut-être par La Place, La Femme gelée ou Les Armoires vides, par exemple.

 

Annie ERNAUX

Mémoire de fille

Gallimard

15€