De chez moi, je vois la tour Eiffel. Elle s'était drapée de bleu, de blanc et de rouge quelques jours durant, après que Paris a connu l'enfer. Elle était belle, digne, fière. Le jour où François Hollande a appelé les Français à pavoiser leur drapeau, j'ai entendu bien des gens discuter ce point et critiquer allègrement ceux qui iraient arborer ces trois couleurs.

J'avoue que je suis lasse de ceux-là. Lasse d'entendre ceux pour qui l'ironie est la seule façon de répondre au drame. Fatiguée des théories du complot, des rumeurs faciles, des critiques tout aussi béantes sur l'état d'urgence. A les entendre, on se croirait sous Pinochet. Je ne dis pas qu'il ne faut pas être méfiant et baisser la garde. Evidemment, les dérapages peuvent être légion. Ceci étant, comment ne pas déraper quand tout semble une menace ? Comment les policiers, qui subissent tant de pressions, et qui sont en sous nombre, ne pourraient-ils pas commettre des erreurs ?

L'Etat, quand il ne fait rien, est critiqué par ces râleurs de tous bords. Et quand il met en place l'état d'urgence, il est tout autant critiqué. En fait, j'ai du mal à accepter d'entendre que, par principe, l'Etat, c'est l'ennemi. 

Et ce sont les mêmes donneurs de leçons qui viennent culpabiliser ceux qui ne votent pas. Ce sont les mêmes qui taxent les différents gouvernements d'être responsables de la montée de l'extrême droite. C'est en partie juste, mais ces "jamais contents" ont-ils oublié que les chefs d'Etat sont justement élus démocratiquement ? La parole est aisée, mais encore faut-il agir.

J'ai lu récemment un article d'une jeune femme sur facebook qui disait qu'elle ne voulait pas de leçon : elle s'abstenait de voter et préférait s'investir dans le social au quotidien. Parler à tous, soutenir une jeune fille voilée dans ses projets d'études, faire preuve de compassion, de tolérance... Cela se défend, et je crois que personne n'a à juger. Comme cette femme, je suis lasse des analyses manichéennes, et pourtant, et pourtant, j'ai toujours voté avec le même frisson en glissant mon enveloppe dans l'urne. 

Demain, j'irai voter. Mais je ne jugerai pas ceux qui ne le font pas. Je le regretterai, évidemment, car je crois fermement en ce "pouvoir" donné au citoyen. Je ne pointerai pas du doigt les autres, tout comme je n'ai pas pointé du doigt ceux qui ont eu besoin de pavoiser. D'ailleurs, je suis bien contente que les Français se soient à nouveau appropriés ce drapeau, sauvagement réquisitionné et revendiqué par le FN depuis tant d'années. Aimer ces trois couleurs ne fait de personne un extrêmiste, ni un mouton, ni un imbécile, pas plus qu'un gagnant, une élite ou quelqu'un de plus touché que les autres par le drame. 

En ces temps si sombres, j'ai juste besoin d'autre chose que de noir et blanc; juste des nuances subtiles, un peu d'espoir, et un brin d'innocence.

Delacroix détail

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple (détail)