Cher Monsieur François Morel,

je sais pertinemment que vous ne lirez pas cette lettre, mais j'ai terriblement envie de vous écrire pour vous dire merci.

Je devais aller voir la représentation de votre spectacle Hyacinthe et Rose, au théâtre de l'Atelier, le samedi 14 novembre. Bien évidemment, l'effroyable actualité ayant été ce qu'elle est, le théâtre a fermé ses portes pour le week-end. Quelques jours plus tard, on m'a informée des démarches pour être remboursée. Je les ai suivies, et j'ai, dans la foulée, repris des places pour vous voir. Je ne voulais pas céder à la peur, et encore moins léser la culture face à de sombres obscurantistes (vous noterez le pléonasme, mais face à tant de noirceur, je le trouve encore bien faible).

hyacinthe rose

Vendredi soir, donc, je suis sortie sur Paris pour la première fois depuis les attentats. Paris, affichant ses drapeaux tricolores, semblait bien vide pour un une soirée de fin de semaine. Je n'ai pas voulu m'attarder sur ce constat. J'ai bien vu, aussi, tous les sièges vides dans la salle. 

Et puis, vous êtes arrivé sur scène. Je n'ai, alors, cessé d'osciller entre rire et larmes. Etait-ce d'avoir tant contenu d'émotions pendant deux semaines ? Etait-ce l'émerveillement de votre poésie décalée, de votre humour souvent absurde qui provoquait en moi ce trop-plein ? Je l'ignore, et je crois que je n'en ai que faire.

Alors que certains s'étripent sur la place publique pour savoir ce qu'il aurait fallu faire, ce qu'il faudrait faire; commentent les décisions prises par le gouvernement; s'interrogent sur "drapeau ou pas drapeau ?"; ironisent sur tous ces points à la fois; vous étiez, tout comme c'est bien souvent le cas dans vos billets sur France Inter, simplement du côté de l'émotion. J'avais tellement besoin de cela, vendredi ! Juste de me laisser aller à glousser, sans honte. Juste de plier et replier mon mouchoir à côté d'une vieille dame qui chantonnait parfois sur les airs que vous jouiez.

Hyacinthe-et-Rose Morel

Je vous remercie d'offrir des moments de grâce pure, des plaisanteries parfois bon enfant, de la poésie en kit, pour répondre de façon grandiose à l'imbécillité, à la folie, à l'horreur sans nom.

Recevez, Monsieur François Morel, toute mon admiration et toute ma reconnaissance.