Récemment, j'ai enfin regardé le film de Spike Jonze, Her, sorti en 2014 en France. Dans le rôle principal, on trouve Joaquin Phoenix, fascinant de naturel et déconcertant de facilité dans la moindre expression. Ce film m'a étonnée à plus d'un titre : l'histoire se déroule dans un futur plus ou moins proche, aseptisé, connecté à tout va, mais dans un silence feutré.

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Theodore est un écrivain public d'un genre particulier : il écrit des lettres à la commande, et son talent est grand dans ce domaine. Il travaille dans une entreprise dédiée à cette activité. Un jour, il achète un nouveau système d'exploitation qui est évolutif : l'OS s'adapte à l'utilisateur. Theodore choisit une voix de femme, qui se baptise elle-même Samantha (incarnée par la voix de Scarlett Johansson, très sexy et convaincante). Progressivement, les limites sont floues entre l'utilisateur et son système : Theodore tombe amoureux de Samantha.

A mon sens, la grand réussite de ce film tient dans les questionnements qu'il provoque. Notre société toute connectée isole les individus. On s'imagine avec des modèles de perfection, vus dans les films, les magazines, et, forcément, la réalité nous déçoit (tiens tiens, cela rappelle le bovarysme !). Theodore cherche l'amour, croyait l'avoir trouvé avec son ex-femme et vit dans ce souvenir. Samantha est apparemment parfaite mais n'a pas de corps...

Mais les êtres de chair et de sang du film ne sont-ils pas en partie désincarnés aussi, en permanence connectés via leurs oreillettes intra-auriculaires ? Theodore vit à travers le regard de son OS, pour elle, et en oublie paradoxalement qu'il est aussi une individualité, alors que Samantha lui fait sentir qu'il est unique...

Je ne vous raconte pas la fin de ce film, bien entendu, mais on ressort de ce moment faussement feutré assez perturbé car le bilan est cruel. Enfin, c'est ainsi que je l'ai perçu, même si une ouverture est offerte par le réalisateur.