Depuis le week-end dernier, je tourne autour d'une entrée sur le blog, après avoir regardé le modeste film Stars 80. Histoire de passer le temps, et sans aucune prétention, j'ai choisi ce programme plutôt que Jack Reacher avec Tom Cruise, dont je me lasse pas mal.

cassette années 80

Dans Stars 80, se mêlent réalité et fiction : la tournée des chanteurs revival des années 80 qui a vraiment eu lieu, avec un succès indubitable, et le scénario de deux loosers qui ont enfin une bonne idée. Ils démarchent tous ceux qui ont chanté des tubes dans ces folles années : Jeanne Mas, Jean-Luc Lahaye, Cooky Dingler, Desireless, Tenue de soirée, Gilbert Montagné, Emile et images, Lio...

 

 

Je me suis demandé pourquoi, finalement, le retour de tous ces chanteurs classés ringards avait autant fonctionné. J'étais née dans les années 80, mais trop jeune pour vraiment comprendre ce qui se passait peut-être à ce moment-là : nombreux sont ceux qui parlent d'une insouciance, d'une légèreté, d'une folie douce qui auraient marqué cette époque. C'était aussi le faste du parti socialiste, l'espoir incarné par l'élection de Mitterrand en 1981, l'abolition de la peine de mort, la culture mise au premier plan, la reconnaissance des homosexuels... Après, il y a eu la lourdeur du Sida, le fléchissement progressif du monde politique, et ainsi de suite.

De fait, je m'explique le retour improbable des chanteurs à un seul tube, voire deux ou trois, comme une nostalgie de cette période (et la radio du même nom, qui surfe sur ce concept, ne semble pas mal en point). Les années fastes, insouciantes, drôles, sans gêne (ah les smileys, le fluo, le smurf, les t-shirts à grosses rayures au-dessus du nombril, les collants moulants avec des escarpins, les pin's, les rollers quad...) sont loin derrière nous, alors faisons-les revivre le temps d'un concert ou bien trois minutes, mais surtout, surtout, oublions notre présent sombre. Un présent qui semble d'ailleurs s'éterniser, ou plutôt, une légèreté qui a progressivement disparu : soufflons sur des braises quasi éteintes.

 

Dans le film Stars 80, les chanteurs vieillissants incarnent leur propre rôle, et il est étonnant d'en voir certains assumer une beauferie évidente (J.L. Lahaye, qui a même des répliques très limites sur son goût pour les très jeunes filles...), une forme de dérision dont on ne sait dans quelle mesure elle a été décidée par eux ou par les scénaristes. Il y a aussi les caprices de stars, les notes de frais, toute la caricature attendue du chanteur à l'ego plus grand que ses tubes. Le passage sur Gilbert Montagné, rendant fous de joie et mettant en extase des afro Américains dans une église gospel, était drôle, je le reconnais. Il y avait  même un clin d'oeil aux Blues Brothers plutôt bien trouvé.

Quoi qu'il en soit, je m'interroge depuis sur la part de sincérité, de vérité, d'auto-dérision, de moquerie, d'ironie dans ce film : dans quelle mesure est-ce vraiment "joué" ? Cela m'a fait pensé au film de Maïwenn, Le Bal des actrices (2009), qui m'avait perturbée de la même façon (mais nous allons bien plus loin avec ce film qu'avec la comédie Stars 80). C'est cette incertitude qui me pousse à m'interroger sur les limites parfois très floues entre fiction et réalité. 

Finalement, cette interrogation porte sur le monde du cinéma, mais rejoint parfaitement les questionnements des artistes réalistes du XIXème siècle : comment montrer notre temps, nos moeurs en restant au plus proche de la réalité, tout en créant une oeuvre, en racontant une histoire, qui plaisent au public ?

 

 

tubes années 80