Je ne connais rien à la danse. Pourtant, samedi soir, j'ai assisté à mon premier spectacle de danse, et non des moindres :

Alvin Ailey

C'est saisissant de voir à quel point les corps magnifiques des danseurs peuvent raconter une histoire : l'amour, le couple, la mort, la dualité, la violence, la tendresse, l'amitié, la sensualité, la complicité... Les corps, dans leur totale maîtrise, semblent appartenir à des pantins animés -au sens antique du terme- et dotés d'une force vitale hallucinante. C'est comme si toute leur vie se tenait là, sur ces planches. Ou plutôt, c'est comme si l'on assistait au ballet de la vie.

Le spectacle a débuté sur un groupe en tenues très moulantes, comme une seconde peau (de couleur chaude pour les hommes, et froide pour les femmes), dansant sur des airs de Gorecki ("Polish pieces"). J'ai été touchée par les duos (sortes de chorégraphies conjugales sur des extraits Duke Ellington entre autres : "After the rain" et "Pas de Duke"), surtout, mais aussi par un morceau d'anthologie, "Hunt" sur des airs des Tambours du Bronx (j'ai été moins embarquée dans une histoire avec la chorégraphie de "Grace").

Ces hommes, saisis par le rythme presque envoûtant des percussions, dansaient comme en parade de séduction, prêts à affronter l'animalité qui est en eux. On aurait pu les croire en transe, tant l'intensité des tambours et de la danse se faisaient sentir. Entre vêtements japonais et danse tribale, cette chorégraphie résonne fortement en nos esprits, je crois.

Il y avait deux entractes dans ce spectacle (les programmations ne sont pas les mêmes d'un soir à l'autre, il faut donc choisir en fonction de ses envies aussi). Je suis sortie au premier, mais pas au second : je voulais garder mes impressions en moi, et ne pas dire des banalités du type "c'est très beau" ou "c'est génial". Ces corps, quasi irréels, sur lesquels trônent des sourires la majeure partie du temps, incarnent une forme de beauté intemporelle, ou plutôt antique. Ils sont la vie même, et dans leur perfection se trouve aussi la peur de la décrépitude du corps, de la vieillesse, de la mort... Ils sont à l'acmé de leur beauté et de leur art.

Le silence assourdissant de ces corps en mouvements traversant l'espace, daignant retomber sur scène dans un souffle, m'a troublée et infiniment comblée.

Si vous le pouvez, allez voir au Châtelet l'un des spectacles de la troupe. Sinon, internet regorge de vidéos et d'images sur eux.