Une exposition du Grand Palais vient de s'achever dans une certaine discrétion, puisque celles sur Gautier et Velasquez ont pignon sur rue. Il s'agissait de "Icônes américaines". Cette exposition modeste montrait des oeuvres du San Francisco museum, musée consacré à l'art moderne. Les collections concernées appartiennent entre autres au fondateur de Gap.

Il était absolument nécessaire de se munir du précieux petit manuel explicatif pour aborder des oeuvres souvent déroutantes. Pour chaque artiste, il y avait une biographie succincte et les grands concepts que ceux-ci ont suivis, surtout dans les années soixante. Je connaissais seulement trois artistes : Calder et Andy Warhol, bien entendu, et Lichtenstein.

En entrant dans certaines salles, je restai déconcertée, pour être honnête. Par exemple, l'un d'elles montrait des oeuvres dites géométriques de Sol LeWitt et Donald Judd. Le but est d'utiliser des matériaux plutôt banals, voire industriels, et de jouer sur la répétition. Par ailleurs, Judd cherche à effacer la trace de la main de l'artiste. Si on ignore cette démarche, on passe totalement à côté des oeuvres, à mon sens.

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Un artiste m'a vraiment fascinée, et pas au premier coup d'oeil. C'est Chuck Close. Il prend en photo des portraits de proches, et travaille ensuite des mois sur ceux-ci afin de les décomposer en petits carrés et de reproduire sur chaque carré un assemblage de couleurs et de formes. Il transcrit ensuite le portrait en peinture grand format. On reconnaît le visage plutôt de loin, mais regarder ce travail de titan de près est très impressionnant. Le comble, c'est quand j'ai photographié ces toiles : le visage était beaucoup plus saisissant et semblait reproduire la photo initiale elle-même ! Comme si la boucle était bouclée. J'ai feuilleté un ouvrage américain sur cet artiste en sortant du musée. Les documents étaient époustouflants car ils montraient la masse de travail produite et la minutie de l'artiste. Dernier détail fourni par le cartel du musée : Chuck Close est handicapé et a une déficience cognitive qui l'empêche de reconnaître les visages...

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Quant à Warhol et Lichtenstein, on a beau les connaître, j'étais contente de voir quelques oeuvres car j'adhère à leurs idées, globalement (même si je n'aime pas trop le personnage que Warhol s'est fabriqué). Le côté léché de la peinture de Lichtenstein est impressionnant, et la répétition des lithographies de Warhol fait sens dans cette société qui développe le capitalisme et le star system.

Enfin, j'ai apprécié une toile apaisante de Richard Dibenkorn, qui donnait comme titre à ses oeuvres les lieux où elles ont été peintes; mais aussi la démarche d'Agnes Martin qui voulait trouver dans la simplicité et le minimaliste de ses toiles l'apaisement que le monde n'offre pas. Et les "figures fantômes" de Brice Marden sont troublantes : ces repentirs visibles montrent que nous sommes toujours tournés vers le passé pour construire notre présent...

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Je n'ai donc pas du tout regretté cette visite, pour laquelle j'ai pris mon temps (c'est nécessaire face à la complexité de l'art moderne, je crois). Seul bémol quasi habituel : les cartels sont mal placés et ne sont donc pas pédagogiques.