J'ai vu cette année, par chance, la mise en scène d'une pièce de Marivaux fort peu connue (Arlequin poli par l'amour), réalisée par Thomas Jolly. Cette oeuvre de jeunesse pourrait paraître très légère, entre pastorale et comédie, mais Jolly en fait quelque chose d'imposant progressivement, et de profond sur la fin.

Les idées de ce metteur en scène sont lumineuses, et j'ai découvert son travail sur le tard, il faut bien l'admettre. Le moment où deux personnages tombent amoureux est somptueux : on croirait que les envolées de papillons que l'on ressent dans ces moments-là sont visibles sur scène... Plusieurs tableaux sont photographiquement magnifiques.

Par ailleurs, les anachronismes et le mélange des genres, qui est un parti pris de Jolly, donnent une vraie profondeur à cette pièce mineure de Marivaux. Enfin, la troupe choisie donne un dynamisme et un entrain au texte, qu'il n'a pas forcément.

Après la pièce, j'ai pu assister à un échange entre des collégiens et Thomas Jolly : il était très agréable, accessible, simple et profond aussi. J'ai découvert en l'écoutant sa réalisation follede mettre en scène Henri VI de Shakespeare sur... dix-huit heures ! Depuis cet événement théâtral, on parle beaucoup de lui. A tel point que le théâtre de l'Odéon lui a demandé de reprendre la pièce à la rentrée 2015 (il interprète d'ailleurs lui-même Henri VI)...

Philosophie magazine lui consacre tout un article en ligne (cf. le lien ci-dessus), et la cérémonie des Molière a récompensé Jolly pour son travail accompli sur cette pièce énorme : il a reçu le prix du meilleur metteur en scène à l'âge de trente-trois ans.

thomas jolly

Si quelqu'un est à suivre dans ce monde fourmillant du théâtre, je crois bien que c'est ce jeune homme. J'ai eu la chance de l'approcher très simplement; cela ne durera sans doute pas...