Juliette Gréco, éternelle jeune fille de quatre-vingt-huit ans, tire sa révérence : elle entame sa tournée d'adieux pour un an, qu'elle finira à Paris. Comment expliquer mon admiration pour cette femme ? Je m'y suis déjà essayée, mais je ne me lasse pas de dire qu'il faudrait des dizaines et des dizaines de Gréco pour commencer à changer -un peu- le monde.

La muse d'après-guerre a cotôyé les plus grands esprits de son temps (Vian, Sartre, Beauvoir, Sagan, Queneau, Miles, Gainsbourg, Ferré, Brel et tant d'autres), et s'est mise à leur service, humblement. Elle a brûlé les planches sous ses airs de corbeau blessé, et incarné une sorte de révolution féminine qui débutait, déjà, avec elle.

juliette_greco_web_0

Je n'ai pas compté combien de fois je l'ai vue en concert. La première fois, c'était en 1993, à l'Olympia. J'ai pleuré d'émotion et de trouble. Avec les années, je craignais perdre ces sensations sublimes, mais à chaque fois, la dame me bouleversait. Tout chez elle me renvoie à ce que je voudrais être, finalement. Une femme debout, droite du début à la fin, digne, impertinente, intelligente, malicieuse, belle, si belle humainement. Gréco incarne aussi, à mon sens, Paris. LA ville, sa ville, ma ville.

Dans un entretien à Télérama, Juliette Gréco reste la même, et ses mots me touchent encore et toujours. Sa dernière tournée s'intitule "Merci", mais c'est plutôt à moi de la remercier, cette immense Gréco, car en étant elle-même, elle m'a permis de devenir la femme que je suis.

greconetb

 

Le jour où le monde tournera sans elle, il tournera un peu moins bien.

 

Juliette Gréco -" J'ai le cœur aussi grand"