Slocombe

Dans Monsieur le commandant, Paul-Jean Husson, académicien, homme de lettres renommé, s'adresse au commandant allemand de la Kreiskommandantur pour expliquer sa lente chute... Husson est en effet un pétainiste absolu, antisémite notoire et assumé, mais son fils, Olivier, a épousé une jeune allemande divine et... juive.

L'académicien est alors partagé par un dilemme digne de Corneille, puisqu'il tombe amoureux de la jeune femme.

Au fil des pages, le portrait de ce personnage se dessine de plus en plus nettement. On devine plus ou moins quelle sera l'issue de cette longue lettre, reposant sur la culpabilité, le sentiment de patriotisme et la délation. L'écriture participe à la crédibilité du personnage, puisque celui-ci écrit vraiment dans le style à la fois enlevé et guindé d'une époque. La contextualisation est excellente et très poussée.

Je me suis interrogée sur l'existence ou non d'un tel intellectuel français : y a-t-il un modèle dont s'est servi Romain Slocombe ? Le travail de recherches m'a semblé énorme et si fouillé, que j'ai été tentée de vérifier moi-même. Mais j'en suis restée à mes impressions de lecture, pour éviter peut-être quelques dérangeantes dérives.

Malgré quelques passages un peu longs, j'ai aimé être perturbée par ce roman. Il me semble qu'il rejoint tout à fait certains questionnements récurrents chez moi, sur la barbarie, l'ignominie humaine. Depuis un bon moment, j'ai envie de lire Les Bienveillantes de Jonathan Littell, et cela me semblerait un bon complément  de lecture (quoique titanesque !).

Cet ouvrage existe maintenant en format poche chez Pocket.

Slocombe poche