Avant de visiter l'exposition du grand palais, je connaissais peu de choses sur Niki de Saint-Phalle : la fontaine des Halles, des produits marketing autour de ses nanas, et c'est à peu près tout.

À titre indicatif, je dois préciser que j'ai vu cette expo à une date un peu particulière : le samedi de la semaine des attentats... Étrangement, et de mémoire, cela ne m'était jamais arrivé, le grand palais était quasi vide ! J'ai découvert la première salle ainsi :

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Par ailleurs, la date va avoir son importance dans la suite de la visite.

Je découvre donc les premières salles montrant les débuts de Saint-Phalle. Créations torturées, fabriquées par assemblages d'objets hétéroclites emplissent l'espace. Les thèmes sont déjà engagés : la maternité, la féminité, la femme-objet.
En effet, j'ai découvert que Niki de Saint-Phalle était féministe avant l'heure, et que ses propos très logiques et argumentés (je les vois peut-être ainsi car je suis une femme), dérangeaient certainement dans les années cinquante.-soixante. 
Ce que j'ai trouvé génial, c'est que une cette femme à la beauté certaine, au charme nordique, qui a été mannequin, joue des codes de la séduction pour dénoncer le rôle dans lequel on enferme les femmes.
Dans les couloirs qui relient les salles, on a justement des photographies de très beaux portraits ou photos de mode de l'artiste.

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Ensuite, il y a les nanas, imposantes, resplendissantes, comme des matrices de la femme. Leurs corps s'exposent avec de petites têtes, pour éliminer l'aspect intellectuel oppressant de notre société, qui rend le corps tabou.
Que cette femme était moderne pour son temps ! Et je n'avais encore rien vu...

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Et pour cause : l'affiche de l'expo montre l'artiste de face, tirant au fusil. Elle a expérimenté le rôle du hasard et la projection de la violence sur des toiles. En fond sonore, on entendait des tirs en continu... Imaginez la résonance de ceux-ci au lendemain des derniers attentats.
C'est là que j'ai photographié la citation terriblement actuelle de Saint-Phalle.
Au fond de cette série de salles, il y avait des toiles assez grandes, faites d'assemblages, de collages, d'objets. Mon trouble s'est intensifié quand j'ai vu ce qu'elles représentaient : un autel fait de croix et d'armes, des tours attaquées par un avion en flammes... Et toujours ces coups de fusil en boucle.

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L'atmosphère s'est un peu détendue grâce aux dernières oeuvres de l'artiste (la scénographie était chronologique) : Saint-Phalle a débuté sa carrière dans le sombre et en intérieur; elle l'a achevée dans des jardins et dans la gaieté. Même une vanité géante semble joyeuse.

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Donc, tant qu'il est encore temps, je vous conseille d'aller voir cette exposition surprenante et déroutante à plus d'un titre. Et je serais curieuse de savoir comment les hommes reçoivent les témoignages et les engagements de cette artiste...

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